Observatoire de l'équilibre agro‑sylvo‑cynégétique

Le contenu de l’Observatoire

À l’heure actuelle, il n’existe (malheureusement !) pas de méthode simple, fiable, objective, peu coûteuse, scientifiquement valable et statistiquement représentative pour évaluer l’état d’équilibre entre ongulés sauvages, forêt et agriculture. Chacun des dispositifs et données existants présente des atouts et des faiblesses. C’est pourquoi le comité de pilotage a opté pour la construction d’un Observatoire composé de plusieurs volets complémentaires les uns aux autres, dont le contenu est détaillé ci-dessous.


Données sur les milieux agricoles

Dégât agricole
Dégâts de sanglier sur une prairie - © B. Algoët

Il s’agit essentiellement de valoriser les données existantes, principalement celles liées à l’indemnisation des dégâts agricoles par les Fédérations départementales de chasseurs. D’autres données, telles que celles relatives aux demandes de financement au titre des contrats de prévention aux particuliers (dispositif propre au Parc national des Cévennes) ou aux plaintes et doléances reçues par les différents acteurs du territoire, pourront progressivement être intégrées. Le choix des données à retenir et leur méthode de collecte et d'intégration sont actuellement en cours de définition, en concertation avec les partenaires concernés.


Données cynégétiques

Sanglier
Sanglier prélevé à la chasse - © Parc national des Cévennes

Les données relatives aux attributions maximales et minimales (nombre d’animaux pouvant être chassés chaque année inscrit dans les plans de chasse) et aux nombre d’animaux prélevés sont collectées depuis de nombreuses années par l’établissement public du Parc national des Cévennes (pour les cervidés, dans le cœur du Parc national) et les Fédérations départementales des chasseurs (pour le sanglier et en dehors du cœur du Parc national). Elles seront donc intégrées à l’Observatoire.


Indicateurs de changement écologique (ICE)

Les indicateurs de changement écologique (ICE) sont des outils conçus par l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) reposant sur le concept de densité-dépendance (phénomène lié au fait qu’à partir d’une certaine densité de population, les ressources alimentaires disponibles par individu diminuent, ce qui est susceptible de provoquer des modifications biologiques : performance physique, reproduction, survie, etc.). Ces ICE permettent de suivre les réponses du système "population-environnement" aux variations d’abondance d’animaux et de ressources disponibles. Ils permettent, à partir de paramètres relativement faciles à mesurer et selon des méthodes scientifiquement validées à l’échelle nationale, de suivre l’évolution temporelle de l’équilibre entre les ongulés sauvages et leur milieu de vie.

Il s’agit donc ici de suivre les variations dans le temps d’un équilibre biologique entre la faune et son habitat, qui ne tient pas compte spécifiquement des activités sylvicoles et de leurs objectifs économiques. Les ICE sont répartis en 3 familles : l’abondance relative des populations, la performance des individus (assimilable à leur condition physique) et la pression exercée sur la végétation.


Indices d’abondance

Sur le périmètre de l’Observatoire, c’est le suivi de l’indice nocturne, validé à ce stade uniquement pour l’espèce Cerf, qui a été retenu. Il est basé sur la réalisation de comptages nocturnes (au phare, en véhicule) sur des circuits prédéfinis, selon une méthodologie précise. Ces comptages sont effectués par des équipes constituées d’au moins un professionnel (établissement public du Parc national des Cévennes, Fédérations départementales des chasseurs, ONF ou ONCFS) et de bénévoles (parmi lesquels figurent un nombre important de chasseurs locaux).

Bien que tous les animaux présents sur le territoire ne soient pas comptés (il est tout à fait illusoire de penser pouvoir y parvenir !), l’ONCFS a démontré que les variations de cet indice sont fortement corrélées aux variations d’effectifs de l’ensemble de la population, ce qui permet de suivre son évolution d’année en année.


Indices de performance

Les indices de performance permettent d’évaluer la condition physique des jeunes animaux, qui est directement influencée par l’état d’équilibre entre les niveaux de population et les ressources alimentaires disponibles.

Depuis 2013, deux indices de performance sont suivis dans le cœur du Parc national des Cévennes à partir des données précisées sur les fiches de constat de tir renseignées par les chasseurs. Il s’agit de la masse corporelle des jeunes de l’année (indice valable pour toutes les espèces de cervidés) et de la longueur des dagues des cerfs mâles de deuxième année (indice uniquement valable pour le Cerf). Il est envisageable de compléter ou d’améliorer ce suivi par un autre indice de performance intéressant à suivre : la longueur de la patte arrière.


Indices de pression sur la végétation

Le suivi des indices de consommation et d’abroutissement (IC/IA) a été mis en place en 2018 sur 321 placettes, réparties au sein d’une zone d’environ 3 300 hectares située sur le Mont Aigoual et représentative de ce massif. Ces relevés sont effectués par un réseau d’experts constitué d’agents de l’EP PNC, de l’ONF et du CRPF, formés spécifiquement à cette méthodologie. Le choix de mettre en place ce suivi sur un seul secteur d’étude, dans un premier temps, est lié à l’importance des moyens humains à mobiliser chaque année pour effectuer ces relevés. Ce choix s’est porté sur le massif du Mont Aigoual en raison de l’importance des enjeux en termes d’équilibre agro‑sylvo‑cynégétique (vocation de production des forêts et importance des populations d’ongulés sauvages).


Système d’alerte (déclaration de dégâts)

Le système d’alerte de l’Observatoire permet aux propriétaires et aux gestionnaires forestiers de faire remonter des informations standardisées sur des peuplements touchés par des dégâts de grand gibier. Un formulaire d’alerte simple, accessible et rapide à renseigner peut être complété en ligne (cliquez ici).

Écorçage
Dégâts d'écorçage sur un peuplement d'épicéas - © B. Algoët

Ce système d’alerte permet à la fois :

  • de prendre en compte les objectifs sylvicoles et économiques des propriétaires forestiers ;
  • d’associer les propriétaires à une démarche participative basée sur le volontariat qui valorise leur connaissance du territoire ;
  • de collecter des données relatives aux dégâts de gibier sur les peuplements forestiers, qui pourront être utilisées pour orienter les choix de gestion des espèces et milieux naturels.

Bien que les informations récoltées soient inévitablement subjectives et dépendantes de la sensibilité de la personne signalant une alerte, ce dispositif permettra d’identifier et de localiser les secteurs géographiques les plus touchés par les dégâts d’ongulés sauvages, ou tout au moins sur lesquels il existe des enjeux importants en termes d’équilibre sylvo-cynégétique.


Diagnostics sylvicoles (évaluation des dégâts de cervidés)

Diagnostic sylvicole
Mise en oeuvre d'un diagnostic sylvicole sur un peuplement en régénération naturelle - © B. Algoët

Parmi les peuplements forestiers signalés par le système d’alerte, plusieurs seront sélectionnés chaque année (selon des critères prédéfinis, par un groupe de travail réunissant les partenaires concernés) afin d’être l’objet d’un diagnostic sylvicole. Ce dernier vise à évaluer, à l’échelle d’un peuplement, l’impact des dégâts de cervidés son avenir et sa valeur sylvicole, au regard des objectifs de production du propriétaire.

Les protocoles sont décrits par le guide pratique d’évaluation des dégâts en milieu forestier publié en 2009 par le Cemagref (Centre national du machinisme agricole, du génie rural et des eaux et forêts, devenu Irstea depuis). Selon la nature des dégâts (frottis, abroutissement ou écorçage) et l’origine du peuplement (plantation ou régénération naturelle), trois protocoles différents, basés sur un réseau de 40 à 80 placettes, pourront être mis en œuvre. La description des arbres et semis inventoriés par la notion de viabilité permet de calculer une densité de tiges viables et de la comparer aux densités attendues par le propriétaire ou le gestionnaire, afin de conclure quant à l’avenir du peuplement diagnostiqué (absence de problème, pronostic incertain ou avenir compromis).

Ce dispositif ne permet pas d’apprécier l’équilibre agro‑sylvo‑cynégétique à l’échelle d’un massif, mais évalue de façon objective, et selon une méthode scientifiquement validée, les dégâts de cervidés sur un peuplement donné en tenant compte de sa vocation économique. Il fournit ainsi au propriétaire et au gestionnaire des éléments utiles à la définition de mesures de gestion adéquates, et met en lumière des situations pouvant s’avérer localement préoccupantes du point de vue forestier. Les résultats de ces diagnostics seront communiqués aux chasseurs afin d’envisager, le cas échéant, d’augmenter localement la pression de chasse sur un peuplement subissant d’importants dégâts pour améliorer ses chances de régénération.

Ces relevés seront mis en œuvre par un réseau d’experts de l’établissement public du Parc national des Cévennes et des partenaires forestiers de l’Observatoire, formé spécifiquement à l’application de ces méthodologies.


Recensement des peuplements dégradables

Peuplement dégradable
Peuplement dégradable (régénération naturelle sensible à l'abroutissement et au frottis) - © B. Algoët

Outre la taille des populations d’ongulés sauvages et les dégâts qu’ils provoquent, l’équilibre agro‑sylvo‑cynégétique est lié à certaines caractéristiques des peuplements forestiers, et notamment à la superficie occupée par les peuplements dits « dégradables » (sensibles aux dégâts). En effet, à titre d’exemple, une plantation d’un hectare de sapins située au cœur d’un vaste massif de peuplements matures subira inévitablement des dégâts importants, quelque soit le niveau de population de cervidés, et sans que cela traduise pour autant une situation de déséquilibre.

La période de vulnérabilité des peuplements forestiers dépend du type de dégâts (abroutissement, frottis, écorçage) et des essences, mais les peuplements sont généralement considérés comme dégradables au cours de leurs premiers stades de développement. Il s’agira donc de créer, d’alimenter et de mettre régulièrement à jour une cartographie dynamique des peuplements sensibles, et notamment de ceux dont le processus de régénération (naturelle ou par plantation) est initié ou programmé. Ces informations pourront notamment être utilisées afin d’adapter la pression de chasse (en l’accentuant localement pendant plusieurs années, par exemple, sur une zone sensible). Les données fourniront également des indications sur le degré de vulnérabilité des peuplements en régénération (via le ratio superficie forestière dégradable / superficie forestière totale, par exemple).

À ce stade, la méthodologie de mise en œuvre de ce volet de l’Observatoire reste à définir, en concertation avec les partenaires concernés.